La reconversion pas à pas

Dans l’avion

C’était dans l’avion.

Voilà

Je me souviens précisément de ce moment. J’étais dans l’avion, un verre de mauvais vin blanc à la main, un film avec Robert de Niro à l’écran, les réacteurs ronronnaient, ma voisine de siège avait décidé de retirer ses chaussures et de coller ses pieds aux miens, j’étais enfermée dans une boite en fer à 10 000 m d’altitude pour encore au moins 6h et j’ai réalisé que tout allait bien.

Vraiment bien. Pas « Oui en fait en y réfléchissant : je suis en bonne santé et j’ai un toit au-dessus de ma tête, de l’argent dans ma poche donc je ne peux vraiment pas me plaindre ». Non, vraiment : tout allait bien. J’ai cherché et je n’ai vu devant moi que des événements heureux. Plus rien qui ne m’angoissait réellement. Plus de boule au ventre en pensant à la rentrée, plus de nœud dans l’estomac en pensant au dossier truc auquel je ne comprendrais rien quoi qu’il arrive, plus de réunion machin qui me surcassait les pieds d’avance, plus de « mais comment je vais faire pour terminer tout ça », plus de d’insatisfaction à mal ficeler certaines missions faute de temps, de moyens ou même de connaissances, plus de décompte des jours de vacances qui me restaient avant la rentrée, 5,4,3,2,1… fini : plus de rentrée.

Et plus largement, plus de « qu’est-ce que je fais de ma vie », « quand est ce qu’elle va vraiment commencer », « sans enfant ni copain qu’est-ce que je vais laisser », « franchement à quoi je sers » etc., etc. Je vous laisse compléter.

Soyons honnête, je savais pertinemment que  traverser la crise de la quarantaine, me reconvertir n’allait sans doute pas me permettre, comme par enchantement, de répondre à toutes ces questions, mais clairement j’avais quand même l’intuition que c’est un super bon début pour y parvenir.

Après tout, devant moi, après ces 15 jours de vacances entourée de gens que j’aimais, il n’y avait que des choses faciles : louer mon appartement, quitter mon emploi, quitter Paris pour une toute petite ville à l’autre bout de la France, et puis le grand saut : 9 mois de formation pour passer un CAP en pâtisserie. Fastoche quoi.

Vous pensez que j’exagère ? Que je fais ma bravache en prétendant que bazarder tout un pan de vie auquel on est resté accroché 20 ans est une chose aisée? Je vous assure que non, c’est au contraire une des choses les plus faciles qui m’ait été donné de faire.

Baisser la tête quand je me faisais hurler dessus par mon premier manager complètement frappé qui entrait dans mon bureau en donnant un coup de pied dans la porte, commencer des réunions « à la fraîche » à 7h du matin en grande banlieue parce qu’un autre supérieur hiérarchique insomniaque trouvait qu’on réfléchissait mieux aux aurores, pondre des tableaux excel de la taille d’une péniche bourrés de formules pour calculer un impôt virtuel que l’on ne paierait jamais, recommencer le lendemain, recommencer le surlendemain, envoyer des mails professionnels coincée dans le RER A ou sur la ligne 13 pendant une panne technique, ne pas savoir dire non, ne pas savoir dire stop, ne pas savoir dire merde (même gentiment) : ça c’était dur.

Etre tellement fatiguée que je ne savais plus ce que je voulais, avoir tellement peu d’enthousiasme pour mon quotidien que je pouvais rester des heures sur mon canapé les bras ballants à voir défiler les week ends sans savoir comment faire pour qu’ils comptent, voir les jours passer, les semaines, déjà la fin de l’année qu’est-ce que j’ai fait ces douze derniers mois et au fait quand sont mes prochaines vacances : ça c’était le pire.

Dans cet avion, j’ai cherché, cherché, mais devant moi il n’y avait plus rien de tout cela. Que des choses heureuses, excitantes, sans aucun doute stressantes, surement rocambolesques, certainement pleines de doutes et d’imprévus mais rien, vraiment rien qui ne ressemble au monde en demi-teinte que j’allais quitter.

C’était dans l’avion. Tout d’un coup, juste comme ça, les ronflements de ma voisine et la moumoutte de Robert de Niro, la chaleur de la cabine et le ronronnement assourdissant des réacteurs, tout cela m’a fait réaliser que tout allait bien.

Je commençais ma seconde vie. J’avais horriblement peur mais j’étais heureuse.

Ben oui c’est con.

 

5 réflexions au sujet de “Dans l’avion”

  1. Ben si, c’est con !
    T’as pas vu Matrix ? Tu vas te retrouver gluante de pâte à choux dans un caveau sordide au lieu de rêvasser béatement dans l’espoir de ta prochaine augmentation qui te permettra, enfin, de changer la moquette de la chambre ou la paillasse de la cuisine (ben oui, pas les deux, tu vas pas gagner au loto non plus).
    Tu ne te rends pas compte de tout ce que tu as laissé derrière toi..
    En tous cas d’énormes regrets…

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    1. Cher Monsieur Vador
      Vous qui êtes en général si guilleret et primesautier ce commentaire me laisse à penser que vous n avez toujours pas digéré voir votre étoile de la mort se faire exploser en mille morceaux par ces petits cons de Jedis.

      Je vous recommande donc 15 minutes par jour de yoda (ah ah ah je voulais dire yoga bien sûr mais j’en ai profité pour rebondir sur Star Wars vous savez La multinationale qui paye votre salaire mensuel et … enfin bref je m’égare).
      Donc pour en revenir à mes recommandations : un petit peu de méditation en pleine conscience depuis votre beau bureau du 25eme Le semble indispensable. Pensez également à bien vous nourrir avec des aliments à haute qualité nutritionnelle , à ce sujet il me semble d’ailleurs que votre stock de rochers suchard est au plus bas (ce qui est impensable quand on entend gouverner une voire deux galaxies.
      À très bientôt dans notre magasin de sabres lasers préfèrés!

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