La reconversion pas à pas

Retour sur les bancs de l’école à 40 ans : comment survivre?

Ecole Texte Fin

Se reconvertir passe le plus souvent par une étape de formation. Oui j’aime enfoncer les portes ouvertes, c’est même mon troisième hobby préféré après l’algèbre linéaire et acheter des pneus neige.

Sauf exception, avant de se lancer dans la vente de pompons ou la restauration de céramiques byzantines la plupart d’entre nous devra donc apprendre son futur métier dans le cadre d’un cursus ou à minima suivre des cours en création d’entreprise, langue, bureautique, management etc. En bref, avant de devenir le futur Steve Jobs du napperon ou la prochaine Claire Chazal de Haute Garonne, ça ne va pas rater : vous allez devoir retourner à l’école, vous former.

Logiquement, si vous avez déjà un petit bout de carrière professionnelle derrière vous, la notion de formation vous évoque avant tout une salle de réunion pour 16 personnes agrémentées de rangées de chaises en plastique, d’un rétro projecteur que l’on mettra 35 minutes à allumer, d’une table garnie de 3 thermos de café et d’un panier de mini-viennoiseries dont vous écraserez les miettes sur la moquette, et d’un animateur qui passera son temps à se demander comment faire pour garder votre enthousiasme intact quant à l’importance de la norme IFRS 10 dans le cadre de la définition d’un périmètre de consolidation jusqu’à 12h30. Ou peut-être n’est-ce vrai que pour les fiscalistes ?

Dans le cadre d’une reconversion dans un métier très manuel comme la pâtisserie, le mot formation prend un tout autre sens et dans certains cas, c’est bien d’un retour sur les bancs de l’école dont il s’agit.

Oui je vous parle de prof principal, de conseil de classe, de bulletin de notes, de téléphone éteint pendant les cours, et merci de justifier auprès de l’administration votre absence du 12 mars . Ce genre de retour à l’école.

Soyons clairs, j’avais très légèrement sous-estimé cet aspect-là de la reconversion.

Au cours de la première partie de ma vie professionnelle ce ne sont pourtant pas les séminaires et conférences qui ont manqués. Participer à des groupes de travail, faire partie d’ateliers, rester assise pendant 8 heures à réfléchir avec plus ou moins de pertinence sur des sujets parfois intéressants, parfois assommants, tout ça m’était familier et je l’avais un peu rapidement résumé en « formation ». Au moment de me lancer dans ma reconversion, j’ai donc considéré ces 8 mois de cours comme … une formalité. Une formalité absolument nécessaire, indispensable, voulue, passionnante sans aucun doute, mais seulement la première étape d’un long chemin à parcourir. Après tout, les cours je savais ce que c’était.

Certes.

Dans mon enthousiasme initial j’ai cependant un peu oublié que toutes ces « formations » passées reposaient sur des connaissances déjà acquises, qu’il s’agissait de les perfectionner, ou de compléter mais pas de tout recommencer à zéro, ce qui change légèrement la donne.

Et puis la dernière fois que j’ai eu un casier et que j’ai dû coller des étiquettes à mon nom sur mes affaires c’était il y a 23 ans, alors autant ne pas se mentir : le choc est parfois un peu rude. Car même si la majeure partie de nos journées se déroule exactement comme je l’avais imaginée : les mains dans la farine et les yeux rivés à la porte du four pour voir gonfler des brioches ou des pithiviers (bonheur absolu…) d’autres aspects du cursus sont  franchement perturbants.

Retourner à l’école pour apprendre un nouveau métier est parfois redoutable. Non seulement cela vous contraint à faire une croix sur votre ancien statut professionnel (bye bye « Corporate Tax manager in charge of transfer pricing blablabla ») mais cela vous ramène en plus directement à l’élève que vous étiez. Ce qui en fonction de chacun peut relever d’un passé glorieux « Ah Mr Lampion, mon prof de français en 5ème, celui qui m’avait mis 17/20 à un exposé sur Blaise Cendrars! » (ceci dit respect, L’Homme Foudroyé à 12 ans, vous étiez effectivement vraiment balèze) ou au contraire au pire des cauchemars  « Ah cette salope de Mme Pinchue, prof de physique qui avait dit à mes parents que je serai éboueur ».

Vous étiez logisticien responsable d’une équipe de 4 personnes depuis 10 ans, designer aux horaires flexibles, économiste abonnée aux conférences de l’OCDE ou commerciale habituée à gérer son emploi du temps en toute autonomie ? Félicitations vous êtes désormais Jacqueline F., ex- plus mauvaise moyenne en sciences nat du collège, aujourd’hui déléguée du groupe C et priée de bien vouloir rappeler l’administration pour préparer le prochain conseil de classe.

Contente ? Déboussolée ? Rappelle moi pourquoi je fais tout ça au fait ?

Un peu de tout cela à la fois il me semble. Certains jours ces détails me font sourire, à d’autres moments un peu moins (pour ceux qui me connaissent => la fumée me sort par les oreilles). Pourtant si ce retour à l’école comporte des aspects pas toujours très agréables, il implique une morale qui me convient.

Je l’avoue j’ai été (et je continue à l’être) déstabilisée par cet aspect très scolaire de ma formation. Pas très utile sur le fond, sur la forme j’y vois pourtant un rappel à l’ordre nécessaire quant à la réalité de la reconversion. Car non tout n’est pas absolument rose quand on se reconvertit. Non tout n’est pas comme dans les films, trop fastoche les doigts dans le nez et oui il y aura des parties un peu moins rigolotes que d’autres et oui ce n’est que le début. Et si ce genre de détails t’agacent, qu’est ce que ce sera plus tard?

Je ne parle pas de devoir nécessairement en baver pour y arriver. Après tout si la majeure partie d’entre nous a décidé de changer de carrière ce n’est certainement pas pour se retrouver dans une situation pire que celle que l’on a quittée (sauf les pervers masochistes en reconversion qui ont choisi le très lucratif marché du coaching pour serial killers). Non je parle de se frotter à la réalité.

Lorsque l’on se reconvertit personne ne vous attend et c’est à vous de vous adapter aux moyens dont vous disposez pour faire aboutir votre projet. Il ne s’agit pas d’accepter n’importe quoi ou de se laisser faire, mais si pour suivre un enseignement de qualité  afin d’obtenir mon CAP dans une bonne école il faut que je passe par la case « Interro surprise , sortez une feuille, fermez vos classeurs et notez les questions » et bien je m’en remettrai.

Oui c’est chiant d’être parfois traité comme un collégien quand on a 5, 10, 20, 30 ans d’expérience, un prêt immobilier, 324 contacts sur linkedin et quelques trimestres de retraite en réserve, mais au final c’est anecdotique. Ce qui comptera au bout de ces 8 mois ce sera tout ce que j’aurais appris et qui me permettra d’atteindre le niveau suivant du jeu.

Exam

Alors respirez. Je respire. Vous allez survivre. Je vais survivre.

Aux notes, aux examens blancs, aux blablablas concernant le groupe D qui a bien meilleur emploi du temps que vous depuis le début c’est dégueulasse, au prof Y que l’on redoute d’avoir, au formulaire XB21 que vous avez mal rempli et qu’il faut rendre d’urgence, et au vestiaire qui sent la transpiration à 6h du matin. 

Retourner sur les bancs de l’école ne me renvoie pas qu’à l’élève moyenne que j’étais et qui était bien contente de s’affranchir des règles strictes de l’éducation nationale quand elle a commencé à travailler. Je suis aussi une ex-économiste, ex-fiscaliste, ex- bonne élève en histoire géo et pire germaniste de toute l’histoire du lycée Victor Duruy Paris 7ème.

Future pâtissière, très heureuse reconvertie.

Et impatiente de passer en classe supérieure.

2 réflexions au sujet de “Retour sur les bancs de l’école à 40 ans : comment survivre?”

  1. Je m’insurge, l’import-export de pompons nécessite une formation technique de longue haleine et de nombreuses qualités humaines. Et de la laine. Surtout de la laine en fait.
    C’est toujours autant un plaisir de te lire :o))

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