La reconversion pas à pas

Attente vs Réalité : Quitter Paris

2 tour eiffel

Commençons par le plus facile : j’aime Paris.

J’y ai vécu presque toute ma vie, j’y ai fait toutes mes études et j’y ai travaillé de longues années : j’aime infiniment cette ville. J’aime marcher dans ses rues, j’aime le Palais Royal, le jardin du Luxembourg, la vue époustouflante depuis le pont Neuf sur le Louvre et la Conciergerie, les troquets dont la devanture n’a pas été refaite depuis 1972 et qui avoisinent aussi bien une épicerie bio qu’un vendeur de sushis en plastique. J’aime les passages couverts du 2ème et les rues pavées du 14ème. J’aime la modernité clinquante du nouveau 13ème, j’aime la bazar du boulevard de Ménilmontant et de la rue du Faubourg Saint Martin, les serveurs pas aimables du resto chinois de Belleville et la douceur de la rue du Sabot.

J’aime même le métro parisien.

Oui c’est vrai qu’il pue souvent la pisse et je ne prétends pas que se retrouver coincée sur le quai de Champs Elysées Clémenceau à 8h30 tous les matins relève de la partie de plaisir mais j’aime le tadam des rames qui me berce, fermer les yeux et laisser mon esprit s’apaiser les quelques secondes où au milieu des conversations d’inconnus, je laisse au métro le soin de m’amener à ma prochaine destination. 90 secondes entre chaque station. Tadam. Oh oui j’aime Paris. 

Et pourtant j’ai décidé d’en partir. Parce que je ne me vois pas vivre de ce nouveau métier dans une capitale qui compte désormais plus de pâtisseries que de coiffeurs, parce que j’ai toujours voulu vivre à l’étranger et parce que … ma foi, j’y ai vécu la première partie de ma vie et qu’il est temps de changer. 

Alors j’en suis partie et la première étape de mon périple a consisté à rejoindre pour 9 mois une école de pâtisserie située très loin de Paris. Dans une mignonne petite ville à 1h30 de Lyon pour être plus précise, une ville un peu perdue sur un plateau où la neige s’accumule joyeusement dès novembre, 6 000 habitants au compteur, 860 m d’altitude, 7 cafés, autant d’opticiens, de boulangeries et d’agences bancaires : bienvenue en Haute Loire.

J’aurais du mal à expliquer exactement tout ce que j’attendais de ce premier déménagement hors de mes repères habituels. Certaines choses ont été étonnamment faciles à faire, d’autres beaucoup plus compliquées à gérer. Quoi qu’il en soit cet article se focalise avant tout sur les aspects « pratiques » de mon changement de vie. Pour ce qui est des bouleversements émotionnels… laissez moi un peu de temps 😉

Attente n°1 : « La vie en province c’est beaucoup moins cher, tu vas faire des tas d’économies! »

Réalité n°1 :  » En trois mois j’ai déjà payé un voyage aux Maldives au gérant de la laverie automatique. Et à toute sa famille. Voire à ses voisins. Voire à la famille de ses voisins… « 

Argent

Bien sûr le coût de la vie est bien moins élevé en province qu’à Paris, ce n’est pas Christophe Barbier ou les 214 dernières Unes de l’Express qui diront le contraire. 

Oui pour 80 euros on fait le plein de courses pour la semaine chez Intermarché alors que chez Monoprix pour le même prix on se retrouve avec une barquette de tomates cerises, du produit vaisselle bio et 4 yaourts sans gluten. Certes, le prix de l’immobilier parisien est tellement dingue que le loyer d’un studio dans une sous-préfecture parait incroyablement bon marché en comparaison. 

Cependant, si vous comptez renflouer votre PEL en partant vivre en dehors des 20 arrondissements, vous allez quand même avoir des surprises. Premièrement si comme moi les premiers mois vous jonglez entre deux appartements, inutile de dire que tout cela n’est pas exactement gratuit. Frais d’agence, cautions, frais d’ouverture d’un compteur électrique, changement d’adresse…  autant de dépenses pas forcément ruineuses mais particulièrement gonflantes qui s’accumulent alors que l’on aurait tellement préféré acheter une sorbetière électrique.

Idem pour tout ce qui concerne le transport (bye bye pass Navigo et bonjour le plein d’essence bi-mensuel), l’ameublement de votre nouveau studio (tiens j’ai pas de balayette, ni de coussin, ni de porte serviette, ni de torchons… ) la laverie automatique qui avale 62 euros en pièces par mois (si si) et tout un tas de trucs improbables auxquels on n’aurait jamais pensé avant d’arriver sur place.

Un gant moumoute avec grattoir intégré? Franchement qui est le crétin qui va acheter un truc pareil. 30 cm de neige sur le capot et 4 phalanges en moins plus tard : « Bonjour Madame vous l’avez en violet?  »   

Attente n°2 : « Finis le RER A, les bus en retard et le couloir qui sent le caca à Auber »

Réalité n°2 :  » Deux cars par jour et pas de train, je vous concède que je n’ai plus très souvent l’occasion de profiter de l’odeur d’aisselles de mon voisin »

Manchot perdu fin

Qu’on se le dise : à Paris comme ailleurs les transports peuvent se révéler être une vraie galère. Ou alors c’est moi qui ne suis jamais contente … (hum).

Quoi qu’il en soit j’ai découvert avec mon déménagement que le Ministère de la Cohésion des Territoires avait encore un petit peu de boulot en ce qui concerne l’accès à la mobilité dans ce coin-ci de France. Prochaine gare? A 15 km. Enfin, d’ici 3 mois car pour le moment elle est en cours de rénovation. Donc la prochaine gare maintenant que j’y pense c’est plutôt celle à 35 km. Et pour y aller c’est facile, il suffit de prendre le car de 8h47. Ne le ratez pas parce que le suivant est à 16h21. Et après y en a plus jusqu’au lendemain. Voilà. Comment ça c’est le bout du monde ce patelin?

Si par malheur vous avez loupé le car (l’arrêt est derrière le parking, à côté du rond-point du chemin de la Galoche ça ne s’invente pas), reste l’option Bla-bla-Car ou taxi. Mais vous êtes prévenu, le chauffeur de taxi – charmant au demeurant – est un cousin du gérant de la laverie (comprendre : un aller retour à la gare vous coûtera à peu près le prix d’un A380 tout équipé). 

Alors tant pis pour la planète, les pingouins et la couche d’ozone: et vive la bagnole.     

Attente n°3 : « Terminé la foule, les queues interminables et l’anonymat, ta vie va devenir tellement plus facile »

Réalité n°3 :  » Vous avez déjà tenté d’accéder au rayon charcuterie du Super U de Craponne sur Arzon un samedi matin?? « 

Supermarché

Est ce qu’au quotidien ma vie est plus facile en Haute Loire qu’à Paris? Difficile de trancher. 

D’un point de vue purement pratique, habiter dans une petite ville comme celle où je suis requiert beaucoup plus d’organisation que de vivre à Paris où tout est tellement accessible qu’il y a des luxes dont on ne s’aperçoit même plus. Premièrement, les courses au débotté pour s’acheter de quoi se faire une petite salade ce soir, vous oubliez. Les courses c’est le samedi au Super U, point. Et on parle de prévoir pour toute la semaine et pour tout vos repas. Pas de « je prends du jambon pour demain, le reste on verra plus tard« . A moins de vouloir manger des kebabs et de la pizza jusqu’au vendredi suivant : non, on ne verra pas plus tard.

Bien plus embêtant, avoir accès facilement à un médecin quand on est malade n’est soudainement plus si évident. A Paris, c’est facile, même avec 39 de fièvre et la goutte au nez, en 3 min chrono sur doctolib j’avais rendez-vous à n’importe quelle heure juste à côté de la maison. Heureuse que j’étais (même avec la goutte au nez) et bien inconsciente de l’être (ça m’apprendra) jusqu’à ce que j’arrive ici. Parce qu’ici ce n’est pas exactement la même chose.

Par chance, j’habite dans une « grosse » ville pour la région et deux médecins situés à quelques rues de chez moi reçoivent sans rendez-vous. Par rapport aux autres patients, par définition pas très en forme, qui doivent se farcir 15 km de route enneigées pour arriver il n’y a vraiment pas quoi de se plaindre. Sans compter qu’une fois sur place tout le monde poireaute au minimum entre 1h30 et 3h dans une salle trop petite et ce au milieu des toux grasses et autres aimables porteurs de gastro-entérites. Dans ce cas là, non la vie en dehors de Paris n’est pas plus simple. 

En revanche il y a mille et une chose plus simples ici que dans la capitale. Faire le bonhomme de neige le plus moche du monde un après midi neigeux avec une amie venue spécialement de très loin pour me voir, voir du vert, des arbres, des vaches, dire bonjour aux ânes et aux poules sur le chemin de l’école, visiter des châteaux aux ruines plus majestueuses les unes que les autres, c’est à la fois un luxe et d’une grande simplicité. L’air frais qui pique les narines et juste le bruit de mes pas quand je marche dans la neige… dans ces moments là, oui la vie est plus simple.

Et puis soyons claire, si vous avez besoin d’une permanente, de pneus neige, d’un soin visage, d’un appareil auditif, du meilleur rôti de porc du monde, d’après-skis doux comme des chaussons ou d’un contrat d’assurance-habitation, alors là je ne vous le cache pas : vous êtes tout simplement au paradis.    

 

Moon boots

 

Attente n°4 : « Ça t’apprendra qu’il n’y a pas que Paris dans la vie »

Réalité n°4:  » Mais aussi Bessamorel, Tence, Firminy et Saint Bonnet le Froid.. « 

vous êtes ici 3

Bon, j’ai beau avoir vécu toute ma vie à Paris, je n’en reste pas moins ouverte à la différence (ma soeur habite dans l’Eure, c’est dire). Oui je sais bien qu’il n’y a pas que Paris dans la vie, c’est juste que je n’avais jamais essayé de vivre ailleurs avant ma reconversion. Essayé, envie, eu l’occasion, je vous laisse choisir. 

C’est sans doute la plus grande surprise de cette première étape de ma nouvelle vie. Il n’y a pas que Paris dans la vie et je m’y fais très bien. Je ne prétends pas être partante pour m’installer ici pour les 30 prochaines années, je ne prétends pas non plus que je ne suis pas super heureuse de retrouver Paris pour quelques jours, quelques semaines, je réalise simplement que ma vie de parisienne exilée en Haute Loire se passe plutôt bien. Que l’excitation permanente, les trépidations des piétons sur les boulevards, les lumières qui réchauffent la nuit, les magasins ouverts (oui même entre midi et 14h) me manquent, mais pas tant que ça.

Je me fais également très bien au calme, aux papotages avec les commerçants du coin qui me reconnaissent, au supermarché local où j’achète des œufs en provenance directe de la ferme (ou du cul des poules pour être plus exacte), à mes nouvelles compétences de conductrice capable d’enchaîner les créneaux même dans la neige, même dans la nuit et à la chance unique qui m’est offerte de me consacrer à 100% à mon projet de reconversion.

Alors est ce facile de quitter Paris? Certainement. Pour un jour, un mois, une semaine, peut être même pour toujours je l’ignore, en fait ce n’est pas Paris qu’il est facile de quitter, c’est sa vie qu’il n’est pas si difficile de changer. Et ça, ca c’est vraiment incroyable.   

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2 réflexions au sujet de “Attente vs Réalité : Quitter Paris”

  1. Je m’insurge, ce bonhomme de neige n’etait pas le plus moche du monde, juste le plus flippant. Un peu la version hiver de Chucky.

    J’aime beaucoup ton post et en particulier sa conclusion, dans laquelle je me retrouve beaucoup (oui, j’aime m’approprier les idées des autres sans vergogne).

    Bisous!
    La co-maman-du-dit-bonhomme

    Aimé par 1 personne

    1. Cette technique extraordinaire de roulage de neige telle une botte de foin restera une des images fortes de 2017 en ce qui me concerne 🙂

      C’était tout simplement le bonhomme de neige le plus hype de toute la Haute Loire, et tant pis si il a filé des cauchemars à tous les gosses qui auront eu le malheur de croiser son chemin au court de sa courte mais heureuse existence 🙂

      Tu es la reine des bonhommes de neige, même si cela ne veut absolument rien dire et par conséquent tu as tout à fait le droit de t’approprier la conclusion finale de mon post (que l’on croirait sortie de la dernière chanson de Christophe Maé, c’est dire si je m’améliore en ce qui concerne la qualité de mon écriture..)

      😉

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